Vie Tokyoite

Tokyo est une gigantesque mégalopole, je n’avais encore jamais visité de ville de cette taille. Dès l’arrivée, on a remarqué que les prix n’étaient pas les mêmes que ceux du Kirghizistan (4 euros pour un repas très minimal qui nourrit pour à peine deux heures, 30 euros la nuit pour deux tout aussi minimale dans un cybercafé, 8 euros le billet de bus pour traverser Tokyo). On s’y attendait, mais ça fait quand même un choc vu qu’on s’était habituées à ne rien payer depuis près de trois semaines.

Repas Tokyoite

Le fait est aussi qu’en arrivant à Tokyo, ça faisait déjà six nuits qu’on dormait moins de trois heures en moyenne, puisqu’on s’est principalement déplacées de nuit (notre emploi du temps était tellement chargé que ça permettait de gagner du temps). Donc entre l’effort du trek, la nourriture un peu particulière et le manque de sommeil, on commençait à pas être très en forme.

L’avion nous ayant déposé à 7 heures du matin, on laisse une grande partie de notre matériel à la consigne de l’aéroport avec l’idée de revenir chercher le tout dans trois jours (?!) et on s’est dit qu’on allait voir le chien Hachiko, à Shibuya, en plein quartier commercial/lolita.

Au passage, on s’est fait arrêter par deux chaînes de télé qui étaient intéressées par des images de gaijins venues faire du sport au Japon.

Deux jeunes lolitas japonaises

Donc ce jour-là, on se balade dans Shibuya, on visite les quartiers alentours, on prend quelques photos, et on s’installe dans un cybercafé. Les claviers sont en japonais/anglais, on se dit qu’on rédigera quelque chose de mieux sur mon propre pc et qu’on se reconnectera à internet plus tard. Les tarifs des cybercafés sont assez chers (plus ou moins 1 euro des 15 minutes). On est épuisées de toute manière, donc on décide de dormir six heures dans le cybercafé avant de repartir (voir post cybercafé).

Scène de rue

Le lendemain matin, on va au temple du coin visiter (le Meiji jingu)… et en arrivant devant les rues commerciales d’Harajuku, on se rend compte qu’on a perdu la carte bleue (c’est le moment où ça devient drôle !!).

C’est le début du week-end du 14 Juillet en France, on crève de faim, il nous reste moins d’un euro en liquide sur nous – en réalité, il nous restait l’équivalent de 100 euros en argent kirghize impossible à faire changer : « c’est un pays le Kirghizstan ?(sic) ».

Et il nous restait un dollar, on a donc fait changer le dollar.

Notre unique dollar changé en yen

On a pas de quoi appeler en France, pas de possibilité de faire virer de l’argent vu que c’est le week-end, l’ambassade est fermée (on se rendra compte après que dans tous les cas elle ne nous aide pas).
Sur le coup, on se dit qu’on va réussir à trouver de l’argent d’une manière ou d’une autre.
Eh ben non.
On a passé une très sale nuit ce jour-là dans un parc de Tokyo – il ne fait pas bon être SDF dans cette ville, les policiers passent leur temps à nous dire de bouger de là où on s’assied, la chaleur est étouffante, les moustiques sont omniprésents.

Et en cherchant un parc où dormir, un gars de 23 ans nous aborde, en japonais :
« Vous ne savez pas où dormir, hein, les filles ? »
« Euh..non ? »
Bon, ça sentait l’embrouille, donc je demande des précisions en jap’ sur ce qu’il nous propose exactement. Et effectivement, on est plus au Kirghizstan, où les gens nous accueillent sans aucune arrière pensée. Vu que je comprenais pas ses circonvolutions en japonais, il me sort son portable et, par Google trad :
« Which of you can have sex with me? Money and a bed, sleep outside is dangerous ».
Euh… il a fallu longtemps, même après lui avoir expliqué que nous n’étions pas intéressées, pour qu’il comprenne le message et nous explique que sa proposition est tout à fait normale pour un jeune japonais.
Bon. Le lendemain, on se rend à une soirée francophone où Aurore connaît quelqu’un, qui pourra nous avancer un peu d’argent pour tenir jusqu’au surlendemain et appeler en France (à ce stade là, on a TRÈS faim et TRÈS sommeil, vu que c’est pas les six heures dans le cybercafé et les deux heures par terre dans un parc qui nous ont retapées).

Le pote d’Aurore nous avance d’abord 500 yens (4 euros). Puis, devant la réaction d’Aurore, il nous passe 2000 yens (16 euros, de quoi acheter quatre bols de nouilles). Un français qui passait par là (Merci Janek!) nous avance 3000 yens, ce qui nous permettra nettement plus de manger. Mais pour dormir, faut qu’on continue à trouver des coins dans la rue. Parce que moi, le surlendemain, j’ai un rendez-vous professionnel important. Il faut aussi qu’avec ce qu’on a sur nous, je trouve des vêtements mettables vu qu’on a plus rien, qu’un short découpé dans un vieux jean et deux T-shirt usés jusqu’à la corde.

Bon, jusque là c’était drôle, là ça le devient moins. Parce qu’il restait somme toute trop peu d’argent sur nos comptes pour pouvoir se permettre de dormir même en cybercafé vu les prix du Japon, et qu’on avait eu beaucoup de frais imprévus depuis la perte de la voiture au Kazakhstan (autant les bus là bas ne sont pas chers, autant la prise d’un nouveau billet d’avion plus un certain nombre de taxis nous a laissé assez à sec). On avait de quoi acheter des boules de riz pour se nourrir, mais c’est tout, pour vivre à deux ça passait pas.
Autant jusque là, dans tous les pays qu’on avait traversé, il était possible de vivre pour très peu d’argent (dresser notre tente là où possible, dormir chez l’habitant, faire du stop), autant au Japon, pays individualiste s’il en est et très urbanisé, tout cela devient impossible. Le choc a été rude.
Et vu qu’on comptait sur la voiture, on n’avait pas (ou très peu) planifié le coût des déplacements au Japon.
Donc, après avoir essayé toutes les solutions possibles et imaginables, on a « dormi » à raison de trois-quatre heures max plusieurs nuits d’affilée à l’arrache avant de pouvoir enfin récupérer des sous et commencer à seulement… galérer horriblement 🙂

Parce qu’on avait quand même prévu de faire un paquet de trucs, notamment voler et kiter un max en découvrant plein de spots.
Ben je peux vous dire que voler rando en parapente sans voiture au Japon, et même naviguer en kite, en plein été, pour nous c’est pas faisable.
Parce que pour repérer des spots c’est soit à pied (par 40°) soit en train de campagne, tout ça pour arriver soit dans des zones où y a pas un déco possible (c’est très, très boisé comme relief et il n’y a quasiment jamais de champs), soit pour arriver sur des plages d’où on se fait dégager. Et quand après quatre heures de train et 4000 yens, tout ça pour aller à Kamakura qui est la plage la plus proche de Tokyo, qu’il est 15 heures, qu’on a gonflé la voile et qu’on crève de chaud, un policier vient vous dire que la seule plage autorisée de la région est à quatre kilomètres et n’est pas accessible par le train…

Le moindre emprunt du Shinkansen coûte au minimum 100 euros par personne, les trains de campagne finissent par revenir aussi cher (mais eux, au moins, on peut tricher de temps en temps). Les bus sont assez chers et très lents. Les taxis, c’est même pas la peine d’y penser, c’est tout de suite une fortune. Louer une voiture, c’est plus cher qu’en France, et l’essence plus ou moins pareil.
Et ce que je ne savais pas… c’est que faire du stop, c’est juste impossible. Personne ne s’arrête.
Donc on a essayé de bouger quand même pour voler et rider, maintenant qu’on était là, à coup de trains de campagne et de bus de nuits. On avait jamais accès à internet parce que pour ça, il aurait fallu payer, et que l’argent… on en était relativement dépourvues 🙂
Vous ai-je précisé que la météo au Japon, non seulement change tout le temps mais qu’en plus n’a pas été excellente cet été ? On a oscillé entre épisodes pluvieux, brouillard, tempêtes inkitables avec ma 9m² et chaleurs torrides (les fois où on a essayé d’aller voler).

Vu qu’on trouvait pas de spots rando, on a tenté de voler dans des zones un peu connues. Bilan, soit c’est payant (4000 yens en moyenne pour voler sur un site autour de Tokyo, et ils font pas rêver), soit c’est loin et on pouvait pas y accéder, soit… c’est très peu pratiqué et on ne trouve jamais le décollage (ah, le bonheur de marcher des heures dans la chaleur pour faire demi-tour bredouilles en ayant payé le train exprès une fortune…).

L'école de Takemori-sensei

Le tout en s’épuisant à chaque fois, parce que jusque là, on dort encore un peu n’importe où.
On a passé une super chouette nuit dans le dojo d’une petite école de karaté à Toyama (merci à Takemori-sensei et à Luc Mitsumasa, rencontré à l’aéroport, qui nous a présentées et nous a donné un sacré coup de main). Mais quand on est arrivées pour voler aux alentours de Tateyama, juste au-dessus, ben les cinq jours suivants ne passaient plus en termes de météo (merci la MTO changeante), et ça coûtait plus cher de rester dans la zone que de revenir dans des endroits connus puisqu’on était en montagne et que la nourriture est nettement plus chère.

Vers le début du mois d’août, on a commencé à dormir régulièrement chez des amis rencontrés à Tokyo. Sur ces entrefaites, après plus d’un mois de privations, ben je suis tombée bien malade. On a donc rallongé un peu notre séjour au Japon en espérant pouvoir voler et rider quand je serais rétablie, mais au final je suis rentrée avant que ça ne s’arrange. On a quand même réussi à passer quelques jours magiques sur Okinawa et à visiter un peu le Japon.

Un Commentaire

  1. Thanks for stopping by Linda! I totally agree. Even though I am a bit newer in the field I feel the same way. I felt I knew a lot about psyglohocy and theories but I was lacking in the knowledge of applying it. Now I am getting better at applying that knowledge but I still have a ways to go.

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